Bourvil, la rage de vaincre

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Le deuxième volet de « Un jour, un destin » est revenu hier sur le parcours de Bourvil avec un documentaire sensible et poignant. L’occasion d’évoquer le parcours de ce grand acteur du cinéma français. Normand aux origines paysannes, Bourvil a marqué de son empreinte le cinéma par son talent comique, sa simplicité et sa sensibilité. Pudique et éternel optimiste, il continuera de jouer la comédie jusqu’à son dernier souffle au-delà de la maladie.

De la Normandie à la vie parisienne

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Grand admirateur de Fernandel, André Robert Raimbourg commença sa carrière à Paris en rejoignant la caserne de la Pépinière en tant que musicien. Ses  collègues du régiment, épatés par ses talents de comique, lui lancèrent alors le défi de s’inscrire au plus célèbre radio crochet de France.

Grâce à une reprise de « Félicie », il obtient à sa grande stupéfaction le premier prix du jury. Galvanisé par ce premier pas, il écrit à son idole pour obtenir une recommandation mais une simple photo dédicacée sera la réponse de Fernandel. Déçu mais toujours porté par son idole, il choisit le nom d’Andrel pour courir les cabarets le soir tout en faisant des petits jobs la journée. Entre indifférence et bides, il comprend alors qu’il est temps de créer son propre personnage. Ce sera « Bourvil », surnom emprunté au nom de son village normand, Bourville.

Cheveux rabattus sur le front, costume étriqué et trop court, son personnage sera une sorte de « paysan du  dimanche », gauche et simplet. C’est le début de la carrière de Bourvil, avec des sketchs musicaux dont il signe les musiques dont « Les crayons ». Ses chansons commencent à lui donner un nom. Il se voit proposer, dès 1945, son premier rôle au cinéma dans « La ferme du pendu ». Il enchainera plusieurs rôles dans lesquels il interprétera toujours ce rôle de paysan limité.

Toujours ancré dans ses racines normandes, il se montre généreux avec les siens mais souffre du manque de reconnaissance des cultivateurs locaux qui le voient comme un rigolo qui se moque d’eux. En1951, à l’occasion d’un gala à Rouen, il sera même sifflé par les siens. Traumatisé, il sent qu’il est temps d’initier un nouveau virage dans sa vie d’artiste et commence à se produire dans des opérettes.

L’heure de la consécration

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Puis, arrive le rôle de sa vie en 1956 : « La traversée de Paris ». Ce sera un accouchement dans la douleur car si le réalisateur Claude Autant-Lara l’a choisi, c’est contre l’avis du producteur et surtout de Marcel Aymé, auteur de la nouvelle qui inspire le film. Autant-Lara décide alors de laisser le dernier mot à l’acteur principal, Jean Gabin qui dira « Si j’ai Bourvil, je signe tout de suite. » Un bras de fer s’instaure et Marcel Aymé ira jusqu’à publier une diatribe contre Bourvil. Ces pressions internes aboutiront à des restrictions budgétaires, à un budget divisé par trois et un film en noir et blanc et non en couleur. Bourvil intègre donc dans le projet avec, on peut bien l’imaginer, une énorme pression sur les épaules. Après quelques moments d’apprivoisement, le courant passe entre Gabin et Bourvil pendant le tournage.

Le film est un succès et totalise 5 millions d’entrées. Bourvil créé alors la surprise en obtenant le Prix d’interprétation de Venise, gêné par rapport à Gabin, il ne sent pas à sa place. Gabin, vexé dans un premier temps sera sensible aux intentions de Bourvil envers lui lors de ses interviews. Marcel Aymé, reconnaitra s’être lourdement trompé sur Bourvil et reconnaitra publiquement son erreur de jugement.

Bourvil, loin des mondanités et de son nouveau succès, mène une vie simple avec sa femme qu’il a connu avant sa célébrité et qui lui donnera deux enfants. Jusqu’à ce qu’il tombe sous le charme de Pierrette Bruno, une jeune artiste avec laquelle il aura une liaison pendant quatre ans, il devra renoncer à cette relation sous la pression des médias.

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Fernandel, « une idole en mirages »

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Bourvil réalise son rêve en 1963, lorsqu’il remet un prix à son idole de toujours, Fernandel. Il est alors question qu’ils tournent un film ensemble. Ce projet bancal se nommera « La cuisine au beurre ». Problèmes dans les dialogues, incohérence du projet et lors du tournage, Bourvil découvre un Fernandel qu’il ne connait pas. Odieux, capricieux, peu généreux dans son jeu d’acteur, allant jusqu’à prendre tout l’espace devant la caméra pour être l’unique vedette du film, Fernandel sera la grande déception de Bourvil. Le « normand » et le « méridional » ne se ressemblent pas et Bourvil est déçu et déstabilisé. Même si le film a rencontré un grand succès, Bourvil n’ira pas aux remises de récompenses et restera amer quant au déroulement de ce tournage.

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Louis De Funès sera son nouveau partenaire, après le succès du «  Corniaud » (1966), ils se retrouvent pour jouer dans « La Grande Vadrouille ». De Funès est anxieux et timide, Bourvil est joyeux et extraverti, les deux acteurs trouvent leur marques malgré leur différence et seront à l’origine de la scène culte des garde-chiens lorsque Bourvil prendra sur ses épaules De Funès. Le film de Gérard Oury réunira 17 millions de spectateurs et sera pendant longtemps le plus grand succès du cinéma français.

Vaincre l’impossible

Lors d’un banal accident de vélo sur le tournage des « cracks » (1967), Bourvil découvre, lors d’un examen médical, qu’il est atteint de la maladie de Kahler, une pathologie cancéreuse de la moelle osseuse qui le condamne à deux voire trois ans d’espérance de vie. Il mène alors un combat acharné contre la maladie en cachant à son entourage professionnel et amical la vérité de son état. Sur le tournage du « Cerveau », Gérard Oury, inquiet de la fatigue de son acteur, se renseigne auprès de son médecin personnel et comprend l’inéluctable. Jusqu’au bout, Bourvil donnera l’illusion qu’il est en bonne santé même si les rumeurs commencent à envahir la presse.

Le dernier de ses rêves se réalisera avec le film « Le cercle rouge » (Melville) où il interprètera un commissaire sombre et énigmatique, un rôle qui lui permettra d’accéder à un monde intellectuel auquel il ne pensait jamais pouvoir appartenir. Sa dernière apparition sera à l’occasion du tournage d’une émission en hommage à Mocky, au premier étage de la Tour Eiffel. Fatigué et amaigri, il partira en se disant victime d’une « mauvaise grippe », Mocky en aura les larmes aux yeux.

Il s’éteint dans la nuit du 22 au 23 septembre 1970. Son plus bel hommage l’aurait certainement étonné et ému, c’est celui de Fernandel qui s’éteindra quelques mois plus tard et qui dira : « Bourvil c’était la bonté, la gentillesse, il aimait tout le monde, …le cinéma perd un acteur irremplaçable. »

Ainsi était, André Bourvil.

Voir le replay de l’émission

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4 réflexions sur “Bourvil, la rage de vaincre

  1. Merci pour ce très bel article sur Bourvil, un acteur et un homme que j’ai toujours admiré pour sa simplicité et son talent incroyable (cf. le cercle rouge). Dommage qu’il soit parti si jeune.. @plus tard sur wordpress 🙂
    Frédéric.

  2. bourvil était un homme simple et la simplicité est naturelle d ou cet amour des français pour cet homme qui reste à ce jour irremplacable ….

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